Selon l’ONU, la population mondiale devrait commencer à décroître dans les années 2080
La division de la population du département des affaires économiques et sociales des Nations unies a publié fin 2024 le fruit de ses dernières études en matière de projection démographique jusqu’en 2100. Selon l’organisme, le taux de fécondité devrait continuer à décliner, la population à vieillir et, surtout, le nombre d’individus sur Terre devrait commencer à décroître d’ici 2080. Des tendances qui ne font que se confirmer et s’amplifier de projection en projection.
La population devrait commencer à décroître en 2080
En premier lieu, il est confirmé que l’accroissement de la population serait amené à s’infléchir à une date de plus en plus proche, même si le nombre d’êtres humains présents sur Terre devrait s’élever encore durant quelques décennies. Ainsi, la population totale, estimée fin 2024 à 8,2 milliards d’individus, devrait continuer à augmenter pour atteindre un point d’inflexion dans les années 2080 à environ 10,3 milliards de personnes, avant de décroître d’une centaine de millions d’ici 2100. Notons que les projections menées régulièrement par l’ONU au fil des années (2012, 2019, 2022, 2024) ne se contentent pas d’entériner les enseignements des études antérieures, mais elles les amplifient. En d’autres termes, si cette baisse de la population mondiale est envisagée depuis un certain temps, ce point de bascule des courbes apparaît de plus en plus tôt.
Les taux de fécondité varient selon les pays, mais convergent à la baisse
Cette estimation regroupe aujourd’hui des réalités démographiques bien différentes selon les espaces géographiques, mais qui convergent vers une tendance uniforme : une baisse, parfois assez drastique, du taux de fécondité (à savoir, le nombre moyen d’enfants par femme en âge de procréer). Alors qu’aux États-Unis, en Europe, au Japon ou en Chine, le taux de fécondité est de nos jours compris entre 1 et 1,4 enfant par femme, il s’élève encore à 4,3 en moyenne dans les pays d’Afrique subsaharienne, à 3,9 au Pakistan, ou à 3 en Océanie. Ces différences, suivant une évolution de fond courant depuis des décennies (une femme, toutes aires géographiques incluses, donne vie à un enfant de moins en 2024 qu’en 1990), devraient s’aplanir pour atteindre un taux compris, selon la plupart des pays, entre 1,3 et 2,2 en 2100. Le taux de renouvellement des générations sans incidence des flux migratoires étant mesuré à 2,1 enfants par femme, la population mondiale devrait par conséquent continuer de diminuer.
La diminution de la population n’aura pas lieu partout
Cette diminution à terme de la population mondiale ne doit pas occulter des variations fortes au cours des prochaines décennies. Ainsi, en Afrique subsaharienne, où le taux de fécondité est encore élevé, la population devrait augmenter de deux tiers d’ici 2050. Le Nigéria, l’Éthiopie, la République démocratique du Congo, la Tanzanie, l’Angola, ou le Pakistan, par exemple, comptent au rang des pays qui devraient voir leur effectif se multiplier – à savoir, doubler à quadrupler – de nos jours à 2100. En Europe ou en Amérique du Nord, en revanche, où le taux de fécondité seul ne suffit à assurer le renouvellement des générations, la population devrait rester stable, renforcée par les apports migratoires. Parmi les pays dont le vivier d’habitants devrait décroître (Japon, Russie, Espagne, Italie…), l’exemple le plus spectaculaire est celui de la Chine, qui pourrait assister à une division par 2 de sa population au cours du siècle.
Une population vieillissante et une bascule générationnelle
L’espérance de vie, pour sa part, devrait poursuivre sa croissance ; d’environ 65 ans en 1995, elle a atteint 73 ans de nos jours (avec un retour observé à l’espérance de vie qui prévalait pré-Covid) et devrait culminer à 77 ans en 2054. Ce phénomène, couplé à une natalité moindre, entraîne mécaniquement le vieillissement de la population mondiale. Actuellement, les individus âgés de plus de 65 ans représentent le segment de la population dont le taux de croissance est le plus élevé ; d’ici la fin des années 1970, ces 2,2 milliards d’individus deviendraient plus nombreux que le groupe des moins de 18 ans. Un renversement générationnel donc, qui ne manque pas de poser un défi de taille, celui du vieillissement en bonne santé, et de rendre nécessaire dès aujourd’hui l’anticipation des besoins qu’implique un tel vieillissement, en matière de pensions de retraite, qualité et diversité des structures de santé ou d’accueil, personnel médical, aide à la personne, etc.
L’immigration comme moteur démographique du XXIe siècle
Pour certaines nations, l’immigration devrait jouer un rôle central dans l’évolution de la population, en compensant les effets produits par la réduction de la natalité. Ce fut déjà le cas, selon l’ONU, pour des États comme l’Italie, l’Allemagne ou la Russie, dans lesquels l’arrivée d’immigrants a déjà prévenu une baisse de la population. Ce phénomène devrait s’étendre à une cinquantaine de pays, dont les États-Unis, l’Australie, le Canada, ou encore le Japon et les pays du Golfe.
Inflexion de la projection de population mondiale, baisse des taux de fécondité, amplification du vieillissement de la population. Tels sont donc les principaux enseignements à tirer de la révision 2024 de la projection démographique des Nations unies, dont l’ensemble des travaux est disponible à cette adresse :
https://www.un.org/development/desa/pd/world-population-prospects-2024